UNE NOUVELLE GARDE-ROBE POUR UNE ANCIENNE COUTUME POPULAIRE

Impressionnant ! Le lundi de la kermesse, à Elsenborn, 20 quadrilles dansent le lancier depuis les années 2010. Au total, on compte pas moins de 160 danseurs, toutes générations confondues. Au cours des dernières décennies, le lancier a connu un regain de popularité dans de nombreux autres villages de l’Eifel du Nord. Dans les communes de Burg-Reuland et de Saint-Vith - en revanche - cette danse a du mal à s’imposer. Elle apporte un souffle nouveau à la kermesse qui - aujourd’hui – ne représente qu’un événement parmi d’autres dans le calendrier surchargé des habitants.

Platzhalter Erklärungstext
Copyright: Carlo Lejeune.

Comment cela se fait-il ? Depuis les années 80, les chercheurs ne considèrent plus les coutumes comme des actions fixes, qui se répètent selon un certain schéma, à un moment donné. Bref : selon eux, les gens n'ont pas envie de danser le lancier juste parce qu'on le danse depuis toujours. Ils pensent que les gens ne font cela que parce que cette coutume a une fonction sociale dans une société en constante évolution. C'est pourquoi les coutumes changent constamment.

Est-ce vrai ? Pour commencer, cette danse n’a manifestement pas évolué : la musique est la même ; les pas de danse et la séquence sont les mêmes. La Ronne, la Quadrille et le Lancier ont probablement été introduits dans les villages avant 1900, et donnaient le coup d’envoi de la kermesse. Les sources ne mentionnent pas les premiers danseurs et les personnes qui leur ont emboîté le pas. Une chose est certaine : les danses remontent à une contredanse française, créée à Paris à l'époque napoléonienne. Elle est dansée par huit personnes (quatre paires) qui se font face - deux par deux - dans le carré. En règle générale, la danse se compose de six parties, et se termine par un galop.

Autre certitude : le lancier n'est pas adapté ou modifié par les traditionalistes. Mais à notre époque où tout va très vite, il semble répondre à un besoin général. D'une part, il rassemble les générations avant la kermesse, pour les répétitions, et n'exige qu'un bref engagement à une activité que chacun peut apprendre et exécuter avec fierté devant un public. D'autre part, cette danse a un sens pour une communauté (villageoise), et peut insuffler un nouveau sentiment communautaire.

Mais elle acquiert peut-être aussi une signification nouvelle parce qu'elle répond à un nouveau besoin. Jusqu'aux années 1970, les danses de couple étaient la norme dans les bals. Depuis les années 1970, la danse s'est transformée assez rapidement, au cours d'une longue phase de transition : on demandait de moins en moins aux femmes de danser ; les hommes et les femmes dansaient simplement, comme ils le désiraient. Tout le monde dansait avec tout le monde, sans barrières sociales. Plus personne n'avait de règles à respecter.

Le lancier est différent. Il met en vigueur les règles élémentaires du village, sous une nouvelle forme. Le lancier est réservé à ceux qui connaissent les règles et les respectent. Cela montre peut-être également que de nombreux villageois souhaitent se conformer à des règles plus claires.

zurück zur Übersicht