Apprendre dans la langue maternelle ?

Ils ont fait preuve de courage, ces professeurs de l'école épiscopale de Saint Vith, qui ont présenté en 1968 le livre controversé « L'éducation dans les cantons de l'Est ». « Pour les enfants germanophones, la démocratisation de l'éducation ne deviendra une réalité que si l'on dispense un enseignement en allemand », ont-ils insisté. Et pour preuve : en 1960, deux Belges sur trois (66,3 %) et sept femmes belges sur dix (70,8 %) n'avaient qu'un diplôme d'études primaires. Dans la région germanophone du pays, cette proportion était nettement plus élevée : près de 82 % des hommes n'avaient qu'un diplôme d'études primaires, alors que chez les femmes, le taux atteignait près de 88 %. Le manque d'éducation prenait des proportions inquiétantes.

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Eine Panoramaaufnahme der Bischöflichen Schule Sankt Vith.

Et cette situation n’était pas seulement due aux structures rurales de la Belgique de l’Est. Dans la province de Luxembourg, près de 70 % des hommes n'avaient qu'un diplôme d'études primaires. La principale raison était la langue d'enseignement, à savoir le français, qui empêchait des centaines de Belges germanophones de poursuivre leurs études. En revanche, le nombre de diplômés parfaitement bilingues du secondaire n'était que légèrement supérieur à la moyenne nationale. En d'autres termes, une petite élite qui a trouvé un emploi à l'extérieur de la région après l'obtention de son diplôme a reçu une excellente formation au détriment de centaines de jeunes qui n'ont pas pu obtenir un certificat de fin d'études et des perspectives de carrière correspondantes pour le reste de leur vie.

Et qu’en est-il aujourd'hui ? Aujourd'hui, la Communauté Germanophone est responsable de l'éducation. La langue d'enseignement est l'allemand en région de langue allemande. Cependant, les écoles sont libres d'offrir des matières secondaires en français ou même des cours bilingues. Les conditions matérielles dans les écoles sont nettement supérieures à la moyenne européenne. L'accent est mis sur la promotion du multilinguisme, de nombreux jeunes trouvant qu'il est beaucoup plus facile d'apprendre l'anglais que le français. Notre voisin luxembourgeois a choisi une voie différente : l'école enseigne simultanément ou alternativement en luxembourgeois, allemand et français. Après la parution des résultats de la dernière étude PISA, certains parlementaires du Parlement de la Communauté germanophone se sont plaints du manque de promotion de l'élite. Au Grand-Duché du Luxembourg par contre les parlementaires ont déploré qu'une grande partie des élèves se verraient refuser la promotion sociale parce qu'ils seraient surchargés à l'école. La politique éducative reste passionnante.

Conseil de lecture : Boemer, Magali: Sprache, Unterricht und Macht: Eine historisch-soziolinguistische Diskursanalyse von Zeitungsberichten über die Sprachunterrichtspolitik der Deutschsprachigen Gemeinschaft Belgiens (1919-1989). Doktorarbeit an der Universität Namur, April 2016.

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